NOUNOURS DES CAVERNES  

 

En 1974 je fus invité par trois vieux amis collectionneurs du midi à participer à une recherche minéralogique dans leur région. Voici en quelques lignes, l'heureux déroulement de cette action. Mais, permettez moi de vous les présenter. DECUGIS, propriétaire de pressing à Toulon, ALLARD éleveur de cochons et de truites dans une immense propriété au centre de laquelle se trouve un vieux château aménagé, dans lequel plusieurs salles sont réservées à une expo vente de minéraux. Enfin, PIPO le vrai seul méditerranéen de la bande que l'on prendrait pour un Corse tellement il est rapide dans ses mouvements et dont chaque geste est calculé bien à l’avance pour économiser l'énergie. Pourtant il ne travaille pas à E.D.F…. mais soyons juste,comme tous ses semblables ,il a  la main sur le cœur et la tête sur les épaules.

 

 

 

Quand à nous, c’est à dire  ma femme Christiane, ma fille Véronique dans son landau et moi-même, avons fait escale avec notre caravane dans un camping près de St Raphaël. Lorsque l'on nous demande à la réception, heureuse surprise, c’était mes  trois copains.

 Le soir même nous sommes partis tous les quatre dans la mine de Cap Garonne située au dessus de Toulon.

 

 

Il y avait là plusieurs entrées l'une près de l'autre, nous sommes entrés dans celle qui nous intéressait le plus. Cette mine me surpris par son immensité, et nous fallut mettre des repères  fluorescents pour ne pas nous égarer, tellement il y avait de galeries. Pas  mal d'eau s'y trouvait à ce moment là, on trouvait aussi de vielles boites de conserves,des piles, et surtout des bouteilles cassées laissées là par des gens peu soucieux des blessures qu’elles pourraient  causer à autrui. 

Mais tout à coup oh, merveille, nous découvrons dans nos faisceaux une salle toute tapissée de bleu et de vert. ll y avait là de quoi faire rêver tout amateur de cette noble passion qu'est la minéralogie. De l'azurite,de la malachite et  surtout de la cyanotrichite.

 

 

 

Nous nous hâtons de sortir notre outillage des sacs, et commençons à faire une très belle récolte de Chalcanthite dont les cristaux bleu ciel atteignaient facilement deux centimètres. Chacun de nous avait une bonne dizaine de très belles pièces.  A six heures du matin,nous ressortions de Cap Garonne avec toutefois, une bonne récolte de pièces moyennes. Mes copains étaient chez eux, mais moi, j'avais encore une bonne centaine de kilomètres à faire.

Arrivé au camping, je mis toutes ces belles pièces sur le toit de la caravane et fatigué je m'endormis aussitôt d'un profond sommeil, à tel point, que je n'entendis pas l'orage qui éclata peu après. Ce fut Christiane toute nerveuse qui m’arracha des bras de Morphée pour me demander ce qui arrivait  à notre caravane. Celle-ci, était en effet toute striée  de belles traînées bleues, mais de la chalcanthite bien sûr, il ne restait que quelques petits cristaux insignifiants.... quel boulot pour nettoyer tout cela…. ! A peine le nettoyage terminé, revoilà mes trois copains avec leur tendres épouses. Nous sommes repartis toute la bande avec nos quatre voitures par les chemins forestiers du massif de l’Esterel, parsemés de trous et de bosses jusqu’au moment ou il était impossible de continuer en voiture. Nous reprîmes donc le chemin à pied, avec le landau de Véronique, tout notre outillage et sans oublier les casses croûtes.

Enfin  arrivés à la mine de fluorine, les femmes restent à l'extérieur et nous les hommes, nous nous engageons dans la  première galerie. Nous crapahutons un instant puis nous escaladons une échelle pour rejoindre une galerie supérieur. Soudain  le paysage change, tout est coloré en blanc,vert,jaune,bleu,par de magnifique cristaux de fluorine mais, qui sont très difficiles à extraire. 

Mais … quel est ce bruit...? Silence… Mais oui, c'est comme un grognement d’ours…

Nous nous arrêtons de travailler pour mieux écouter ...Ce n'est pas possible, ce doit être un animal, mais un gros, que nous avons peut-être dérangé ? Nous reprenons notre boulot, mais très irrégulièrement à cause de cet animal. Que de questions nous nous posons, mais toutes sans réponses. Nous avons arrêté notre travail  beaucoup plus tôt à cause de cet ours. Plus aucun de nous ne tenait en place. Je prends donc la tête de la colonne pour le retour, mais plus nous approchons de la sortie , plus les grognements s'amplifient. Nous faisons de fréquentes  haltes pour analyser ce bruit, ALLARD prend la position de combat avec sa pelle Américaine. 

 

 

 

Nous avançons maintenant lentement, presque en position d'attaque sans plus faire attention aux beaux cristaux de fluorine qui brillent  sur les parois de la galerie.

Et toujours,ce grognement de plus en plus fort. Après être descendu de l'échelle par laquelle nous étions montés précédemment, je vois un cercle de lumière au plafond de la galerie, je m'approche lentement de ce faisceau qui vient du bas, pour trouver à ma grande surprise une silhouette allongée à même le sol. La silhouette elle-même surprise par mon propre faisceau, tel un ressort fait un bond, prend ses outils et commence à attaquer  la roche, là ou il n'y a vraiment rien.

 C'était notre ami PIPO qui faisait  la sieste et se croyant surpris en son lieu de travail par son chef, bossait comme un forcené pour sauver la face.. Il lui fallut bien  quelques minutes pour réaliser ou il était, pendant que nous autour de lui rions à en avoir les larmes aux yeux.

Sa femme nous expliqua par la suite que, ou qu'il soit notre ami PIPO doit faire sa sieste, le seul inconvénient est qu’il ronfle comme un ours, ce dont nous nous sommes rendus compte, alors que les bruits sont encore amplifiés  dans les galeries.  

Voici donc l’histoire du  nounours des cavernes  telle que je l'ai vécue en septembre 1974.

Materne Scholly  

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