LES MARNES CALLAVIENNES ET OXFORDIENNES DE TRESCLEOUX   

  Roland ODDOU (Pépite N°31 Mars 1999

 

 

TRESCLEOUX: (Hautes-Alpes) Joli petit village à 648 mètres

d 'altitude en bordure de la Blaisance. Rivière paisible aux couleurs bleue verte. Village dominé au Nord par de grandes marnes de l'Argovien et au sud-est, marnes du Callovien et Oxfordien.

C'est avec quelques amis minéralogistes, que par un beau dimanche matin d'avril, nous avons effectué une prospection dans le secteur marneux de Trescléoux.

Dans ce secteur, les concrétions ou nodules calcaires ne se situent pas dans les plans de stratification. Ils sont liés dans des couches perpendiculaires, et répartis dans l'épaisseur de la sédimentation à quelque distance les uns des autres.

Les septarias des marnes Oxfordiennes et Calloviennes d'Orpierre ou Ribiers sont contenus eux, dans des niveaux stratigraphiques en ligne horizontale plus ou moins espacés. Ils ont des points communs tels que la solidification marno-calcaire et les minéraux de base contenus dans leurs cavités.

 La différence que l'on peut constater c'est l'organisation structurale et morphologique interne de la cavité et de quelques minéraux.

Il se peut qu'ils n'aient aucun lien entre eux, je reste toutefois sceptique, malgré la différence morphologique externe des deux variétés; car leurs paragénèses minérales sont presque identiques et leurs évolutions dans la sédimentation sont à peu près normales, mis à part le plan de stratification cité plus haut. 

 

 

Dans divers niveaux, ces concrétions ou nodules calcaires se sont parfois fracturés puis reconsolidés avec des décalages parfois importants dus au poids des sédiments. La minéralisation est très variée et complexe, donc facteur de bouleversement d'une paragénèse favorable à la cristallisation, avec une intense activité biologique, car bon nombre de ces nodules contiennent des hydrocarbures. Quelques concrétions calcaires particulières ont été extraites ce jour-là. On a ainsi pu s'apercevoir de l'association minérale et de l'évolution des formes cristallines. Photos 1 & 2.

 

 

Photo 1

Photo 2

 

Nous progressions par petits groupes, et Yvette dans son investigation s'était arrêtée sur une grosse concrétion cylindrique en place verticalement, d'environ un mètre, avec quelques fragments de roche marno-calcaire qui s'étaient détachés de la concrétion. Après quelques coups d'Estwing, Yvette a mis à jour la concrétion qui se détachait en plusieurs tronçons cylindriques fracturés en diagonale et  présentaient chacun une géode dans laquelle les cristaux de calcite tapissaient le pourtour avec des quartz « fenêtre » d'un à deux centimètres. Et, quelle surprise!.... de la baryte noire en agrégats tabulaires de plusieurs centimètres (très différentes des prismes du « Rocher St-Michel » à ORPIERRE. Photos  3, 4 , 5.

 

Photo 3

 

Photo 4

 

Tous ces échantillons furent emballés soigneusement afin d'entreprendre une étude de cette particularité d'association minéralogique ( Calcite, Dolomite, Ankérite, Celestine, Barytine, Quartz « fenêtre, alpin et bipyramidé »).

Yvette et moi-même nous continuons notre progression en amont, toujours dans cette marne souple et friable.

 Dans un affleurement du niveau supérieur, Yvette extrait un nodule calcaire apparent, petit, d'environ 1 cm, et à son ouverture avec étonnement, m'appelle pour observer sa « trouvaille ». Qu'elle ne fût pas ma surprise de me trouver en présence d'un minéral inconnu, surpris de me retrouver en présence d'un minéral inconnu à ma connaissance.

Ma curiosité étant très forte, je m'assieds sur la marne et avec mon binoculaire, je contemplais ce minéral associé avec du quartz, de la calcite, et de la célestine fibreuse.

 A ma première pensée, je dis à Yvette que l'on se trouve en présence d'un dépôt d'hydrocarbure solidifié ? Sinon, quel critère pouvait répondre à ce minéral ! Aurait-elle trouvé un nouveau minéral ? Je décidais donc d'envelopper soigneusement ce nodule géodé et le soumettre aux autorités compétentes: les ingénieurs chimistes du laboratoire SNPE.

 

 
 

Prospectant dans un niveau supérieur à environ une quarantaine de mètres d'Yvette, je me trouve devant plusieurs nodules de type sphériques, boursouflés d'environ 20 à 30 cm. Vu ce qu' Yvette avait trouvé, je pris la précaution d'extraire délicatement les premiers nodules, sans fissures de compactions, d'où la difficulté de les ouvrir. Hélas, ce fut la déception, mais il est vrai que la persévérance paie quelquefois, aussi, je décidais de terminer ma prospection par le dernier monticule marneux. Sur ma droite, un « pan » de marne avait glissé (certainement dû aux pluies torrentielles de la fin du printemps) et laissait apparaître quelques concrétions pêle-mêle; de la marne effritée, des débris géodés aveccalcite et petits quartz teintés par la présence d'huile figée verdâtre, mais rien de très interessant.

Vu l'heure tardive, je décidais donc de rebrousser chemin et d'y revenir le lendemain matin. Donc, le lendemain matin, nous reprenons la prospection dans ce secteur. Pour ma part je reprenais mon investigation là ou je m'étais arrêté la veille, laissant ma compagne à sa libre recherche. Arrivant à la marne « effritée », un coup d'oeil vers la « cuvette » marneuse de droite

Photo 5

 
 

Photo 6

et j'aperçois une grosse concrétion de plusieurs nodules accolés les uns aux autres, formant ainsi une colonne cylindrique perpendiculaire à la cuvette, et une autre concrétion allongée « bizarrement » légèrement décalée de la première. Je pris l'initiative de dégager la première concrétion qui s'effritait facilement laissant au centre un nodule massif. Après extraction, une poche apparaît tapissée de petits cristaux de calcite et une originalité surprenante d'un cristal couleur ambre inconnu à ma connaissance et qui était totalement différent de celui trouvé par Yvette. Je contemplais cette géode et changeais de position afin de vérifier avec ma loupe les autres minéraux associés à ce cristal; une 2ème génération de calcite sur le cristal inconnu et trois minéraux dont leurs structures cristallographiques me laisse perplexe malgré ma vérification au triplet X 10. Je pris soins d'envelopper cette géode et quelques échantillons pour faire effectuer les analyses au laboratoire SNPE. (Photo 5)

 

 
 

Enfin pour terminer la matinée, je sortais de la cuvette la dernière concrétion allongée bizarrement, avec une infinie précaution, car cela paraissait être une « tête de fossile carnivore », et j'avais pris la précaution d'effectuer quelques clichés, ayant mon appareil photo dans le sac à dos. (Photos 6.)

Actuellement, un paléontologiste travaille à l'extraction du fossile, avec l'autorisation du propriétaire des terrains, car n'étant pas « spécialisé » dans ce domaine, et à fin d'éviter une détérioration possible du fossile, j'ai opté pour une assistance compétente pour préserver cette découverte.

Les tests et analyses effectués sur les échantillons prélevés des marnes Oxfordiennes et Cailoviennes de la région de Trescléoux (carte de France au 50000ème, type 1922 du BRGM), il s'agirait de deux minéraux à substances organiques.

Evenkite et Idrialite, minéraux rares. Photo 7& 6.

Photo 7

 
 

EVENKITE

 Minéral organique C24 H50 dont les gisements sont rares. En effet, il a été trouvé dans quelques localités d'URSS, au plateau de la TOUNGOUSKA entre NORILSK et KANSK dans le district d'EVENKI. Ce minéral rare, dont l'aspect morphologique massif avec imprégnation de couleur jaunâtre-verdâtre à ambre, à éclat légèrement gras vitreux, parfois translucide, de dureté 1 et densité 0,87, pourrait prétendre à une genèse hydrothermale, dont son processus diagénétique s'est consolidé. Ce minéral a une très forte luminescence aux U.V. blanc-bleuâtre et son système cristallin est d'ordre « monoclinique ».

Attention : Ce minéral s'évapore à 50°C. Les principaux minéraux en association (dans le gisement du secteur de Trescléoux) sont Calcite, Quartz, Ankérite, Célestine et autre minéral non identifié.

Dans la masse nodulaire, la pyrite massive est souvent présente.

 IDRIALITE

  Minéral organique C2--)H'4 dont les gisements sont rares. Trouvé en Yougoslavie dans la localité d'1DRIA. Ce minéral est semblable à l'évenkite, même éclat, couleur, dureté, luminescence aux U.V., bleu clair soutenue. La différence étant dans le système cristallin ~, orthorhombique » et ne fond qu'entre 270° et 360°. Donc, dans certaines concrétions et nodules calcaires, on peut prétendre à une température élevée, au delà des 200°C, cité par BARLIER. L'association est identique à l'évenkite, mis à part une légère présence d'hydrocarbure.

Remerciements

 Je remercie sincèrement l'ingénieur chimiste Monsieur Christian Spyckerelle, ainsi que son collaborateur Monsieur Jean Guillaumin qui ont effectué les tests et analyses aux laboratoires S.N.P.E., afin de permettre l'identification des deux minéraux.

Avertissement

 Afin de limiter le risque de pillage, je n'indiquerai pas de gisements précis où sont susceptibles l'extraction des septarias, néanmoins, j'ai fourni suffisamment d'éléments géologiques pour pouvoir mener à bien une prospection efficace. Il est expressément recommandé à tous les collectionneurs qui prospectent sur les communes de Trescléoux et Méreuil de demander les autorisations préalables aux  propriétaires concernés.

 Roland ODDU

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